Opinions
Opinions
Quand les coiffeurs seront acupuncteurs !
- Détails
- Catégorie : Opinions

L’autre jour, j’ai interrogé mon coiffeur : « Pensez-vous reprendre des études et ouvrir dans votre arrière-boutique un centre de médecine chinoise ? Et peut-être... pratiquer l’acupuncture et ... faire des massages ? ».
Les questions, qui pourtant semblaient incongrues, l’ont à peine interloqué ! En fait, cela lui avait déjà traversé l’esprit. D’ailleurs quelques uns de ses collègues coiffeurs ou encore certaines de ses amies esthéticiennes avaient déjà repris un cursus d’études de médecine traditionnelle chinoise dans l’une ou l’autre des très nombreuses écoles qui fleurissent en France. Et même un de ses copains, plombier de son état, me dit-il !
De ce fait, cette conversation qui me paraissait absolument farfelue, fut imagée par cette pancarte publicitaire que j’avais vue sur les trottoirs d’une ville du Népal. Les routards, après avoir réalisé un long trekking épuisant à plus de 6000 m d’altitude dans la chaine de l’Himalaya, venaient se faire masser dans des salons à la fois de coiffure et de massages thérapeutiques pratiquant shiatsu, acupression et autres formes thérapeutiques..
Ce qui est possible au Népal ne l’est pas en France où l’exercice professionnel à visée thérapeutique est soumis à législation. La condamnation pour exercice illégal de la médecine, de la pharmacie, de la kinésithérapie, de l’odontologie, de la maïeutique ou de la médecine vétérinaire sera prononcée par tout tribunal en cas d’exercice par des non-professionnels de santé. La réglementation persiste jusqu’à présent et la pratique de l’acupuncture en France n’est autorisée qu’aux seuls membres des professions médicales en application de l’article L.4161-1 du Code de la santé publique. La jurisprudence reste constante en ce sens comme on peut le constater dans les différents rejets des pourvois en cassation récents.
Cependant, du fait de l’engouement de la demande du public et sous l’initiative du député européen Paul Lannoye, le Parlement européen avait appelé à la reconnaissance de l’exercice des médecines non conventionnelles dès 1997, à la condition d’un encadrement et d’une formation stricte. Certains pays ont assoupli leur législation, comme la Belgique (Loi Colla). La France qui régule la pratique de la médecine, n’en reste pas moins très tolérante. Les pouvoirs publics, bien que n’hésitant pas à sévir, ne sanctionnent pas systématiquement. Un flou législatif existe avec un net décalage entre la réalité sur le terrain et les textes réglementaires. D’ailleurs, des décrets ont créé des titres d’ostéopathie en 2007, puis en chiropraxie en 2011 qui permettent de mieux encadrer ces médecines non conventionnelles.
Les non-médecins qui exercent la médecine chinoise et a fortiori l’acupuncture sont rarement sanctionnés, car souvent se présentent comme des praticiens en santé naturelle, en santé bien-être, en relaxation voire esthétique. Bien que ces activités soient illégales selon la législation en vigueur, ces consultations peuvent être remboursées par les assurances complémentaires. Les praticiens d’ailleurs n’hésitent plus à se faire connaître par l’intermédiaire d’annuaires publicitaires que l’on trouve aisément sur Internet.
Pourtant comme je le signalais déjà en 2008, l'acupuncture pratiquée par les non-médecins doit satisfaire à des engagements rigoureux et impératifs. Le Centre d’analyse stratégique, institution d’expertise et d’aide à la décision placée auprès du Premier ministre, ayant pour mission d’éclairer le Gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de ses orientations stratégiques, a ainsi recommandé plusieurs propositions pour améliorer l’utilisation de ces soins.
Que doit-on en retenir ? La principale proposition est la création d’une nouvelle profession : thérapeute en pratiques non conventionnelles. L’obtention de ce diplôme serait conditionnée à la réussite d’un examen clinique et juridique qui pourrait être délivré par des écoles privées labellisées.
On peut de ce fait craindre le pire car nul n’ignore que ces écoles privées sont le plus souvent à but lucratif. Elles relèvent rarement de l’enseignement supérieur et sont souvent issues de la formation professionnelle. D’ailleurs, l’organisme Pôle emploi a édité une fiche d’emploi. Les métiers proposés sont variés et multiples : intervenants en auriculothérapie, iridologie, kinésiologie, reiki, shiatsu, médecine chinoise, étiopathie, relaxologue etc. Ces emplois / métiers sont accessibles sans diplôme particulier.
Les niveaux de formations sont donc bien évidemment très inégaux, allant de quelques années à quelques week-ends d’études seulement.
Doit-on s’inquiéter du risque de santé publique en rapport avec une formation insuffisante réalisée par des enseignants d’écoles privées indépendantes ?
Si les pouvoirs publics souhaitent créer cette nouvelle profession, il sera donc nécessaire de durcir les critères de formation et d’enseignement. Il est impensable que n’importe qui, sans aucune connaissance scientifique médicale sérieuse, puisse enseigner dans de telles écoles. L’enseignement doit être strictement universitaire et délivré à des personnes ayant le minimum requis. Pourquoi ne pas proposer à ces postulants à la profession de thérapeute en pratiques non conventionnelles de réussir par exemple, le tronc commun PACES (Première Année Commune des Etudes de Santé), puis de s’orienter vers une école de médecine chinoise homologuée et agrée par l’Etat ?
Stéphan JM. Quand les coiffeurs seront acupuncteurs ! Acupuncture & Moxibustion. 2012;11(4):235-236.
Ethique et enseignement de l’acupuncture
- Détails
- Catégorie : Opinions
L’acupuncture est une composante essentielle de la médecine chinoise dont le fondement est à la croisée de courants de pensée à la fois philosophique et religieux (chamanisme, taoïsme, école confucéenne, école naturaliste), mais aussi depuis le milieu du XXème siècle, scientifique et factuel.
Et pourtant, nombreuses sont les écoles de Médecine Traditionnelle Chinoise qui entendent enseigner l’acupuncture en se basant essentiellement sur les Classiques Chinois et la philosophie en minimisant la part réservée à la médecine occidentale. Certes cet enseignement ne s’adresse pas principalement à des médecins. Et les enseignants de ces écoles sont des praticiens non médecins, ayant des diplômes chinois sous couvert ou pas du Ministère de la Santé Publique de la République Populaire Chinoise. Certains titulaires de ces diplômes non reconnus en France peuvent se déclarer « docteur », mais bien souvent, il ne s’agit pas d’un doctorat de médecine, mais plutôt d’un doctorat ès sciences humaines ou ès sciences sociales, etc. Ou bien il peut s’agir d’un titre réel de docteur en médecine dans le pays d’origine mais qui n’autorise pas la pratique de la médecine en France sauf accord spécifique [1].
Le doctorat de médecine est un « doctorat d’exercice », à ne pas confondre avec un doctorat de recherche qui est délivré en principe après trois années d’études postérieures au grade de master et à la suite d’une soutenance de thèse en rapport avec la réalisation d’un travail scientifique original. Le doctorat a fait l’objet en 1984 d’une réforme profonde suite à la loi Savary [2] et entre dans le cadre du troisième cycle de l’enseignement supérieur. Contrairement à d'autres pays, comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, l'appellation de « docteur » en France n'est souvent donnée dans la vie quotidienne qu'aux seuls médecins, vétérinaires et dentistes. Son usage est le vestige d’une législation ancienne sur l'exercice illégal de la médecine. Mais d’un point de vue international et à l’exception de la France, il est habituel de réserver cette appellation aux titulaires d'un doctorat universitaire de troisième cycle. Conséquence de la mondialisation, l'usage du titre de docteur tend à s’imposer également en France pour les titulaires du grade de docteur de recherche, d’où la confusion que ce titre peut entraîner par exemple dans un diplôme universitaire consacré à la médecine traditionnelle chinoise ou dans une école d’acupuncture.
Les âges de la vie
- Détails
- Catégorie : Opinions

Les 14èmes journées de la FA.FOR.MEC qui se sont déroulées les 26 et 27 novembre 2010 à Rouen ont regroupé encore une fois dans la bonne humeur et la convivialité tous les acupuncteurs de France. Ce grand rendez-vous annuel incontournable s’est fait l’écho de l’activité de plus de 27 associations qui composent la Fédération, mais aussi de celles des médecins Roumains et d’un nombre élevé de sages-femmes.
Le thème était porteur : les âges de la vie. L’équipe organisatrice, sous la houlette de son Président Marc Martin nous a proposé de multiples conférences et ateliers.
.....
Bref, il n’échappe plus à personne que l’acupuncture s’introduit peu à peu dans le panel de soins de santé et s’invite même sans complexe maintenant dans les centres hospitaliers. Pour preuve, la recherche clinique qui s’investit aussi en acupuncture, comme il en a été discuté en atelier avec le Professeur Jacques Weber, responsable du Centre d’Investigation Clinique (CIC) du CHU de Rouen. Quelques PHRC (Programme Hospitalier de Recherche Clinique) concernant l’acupuncture sont en cours ici et là, mais pas encore suffisamment. Ainsi la plupart des études contrôlées randomisées (ECR) est réalisée dans le monde anglo-saxon et pour un tiers en Chine ou en Asie.
Mais en France, de nombreuses études pilotes font état de résultats préliminaires prometteurs et avec l’aide des CIC pourront faire l’objet d’ECR de plus grande envergure, comme on espère pouvoir bientôt le constater avec une étude rouennaise.
© Stéphan JM. Les âges de la vie. Acupuncture & Moxibustion. 2010;9(4):233.
Vous avez dit scientifique ?
- Détails
- Catégorie : Opinions
Pseudo-science, voici ce qu’on peut lire ici et là de l’acupuncture en parcourant les articles des blogs qui inondent la Toile. Théoriquement, pour être nommée science, il faut qu'une discipline propose des moyens de vérifier les hypothèses qu'elle avance. Ainsi la notion de qi, la théorie des méridiens, concepts historiques de médecine traditionnelle chinoise non dénués de valeur sinologique ou métaphysique demanderaient à être validés par la science. En fait, on ne peut parler de pseudo-science que si ces spéculations utilisent puis déforment des termes scientifiques afin de se donner une légitimité. Un blogueur sur Internet est allé plus loin et considère que l’acupuncture est une pseudo-médecine : « ce sont celles qui ne sont pas enseignées dans le cursus normal des études médicales, mais qui pourtant sont pratiquées par de vrais médecins ». Pour lui « la médecine scientifique, c’est la médecine qui s’appuie sur les résultats de la science, c’est la médecine fondée sur les preuves ».
Il est dommage que ce blogueur ignore aussi qu’il existe déjà une acupuncture fondée sur les preuves, une acupuncture qui sans délaisser la Tradition – car qui couperait la branche sur laquelle il se tient ? - met en avant la méthode scientifique qui sied à toute discipline.
Mais qu’est la méthode scientifique ?
.....
Lire la suite ci-dessous
Stéphan JM. Vous avez dit scientifique ? Acupuncture & Moxibustion. 2010;9(2):77-78.
Mouvement 運 動
- Détails
- Catégorie : Opinions
Thème des XIIIèmes journées de la FA.FOR.MEC qui se tiendront à Lille les vendredi 27 et samedi 28 novembre 2009, le mouvement se veut aussi source de changement, de mutation. Notre profession change et évolue mais n'attire plus les jeunes médecins qui, au terme d'études de médecine longues et d'une capacité d'acupuncture, n'ont pas la garantie d'avoir des honoraires et un niveau de vie corrects. Certes, la capacité a été une victoire importante en terme de formation et aboutira à plus ou moins long terme à la spécialisation. En effet, les médecins ne peuvent intégrer la capacité qu'après un probatoire dont le programme peut correspondre à une année complète d'enseignement.
La reconnaissance par les pouvoirs publics devrait donc aboutir à un relèvement substantiel des honoraires. Ne doutons pas que le Syndicat des Médecins Acupuncteurs de France (SNMAF), la société savante (Collège Français d'Acupuncture et de MTC, CFA-MTC) ou la FA.FOR.MEC (Fédération des Acupuncteurs pour leur Formation Médicale Continue) n'arrivent à infléchir la politique du Ministère de la Santé.
L'exercice illégal de la médecine est un autre problème qui touche de plein fouet les acupuncteurs non médecins.
Il nous faut entamer une réflexion qui doit satisfaire tous les acteurs en présence. La délégation de compétences peut être une solution. Déjà, les sages-femmes selon le décret n° 2008-863 du 27 août 2008 complétant leur code de déontologie, peuvent effectuer des actes dans leur domaine, c'est-à-dire dans le cadre strict de leur fonction médicale (suivi de grossesse et d'accouchement). La sage-femme doit connaître ses limites et ne pas soigner par exemple une infection pulmonaire par acupuncture. Ces pathologies sortent du domaine de la sage-femme et relèvent de celui du médecin. De même, le chirurgien-dentiste ou le vétérinaire peuvent exercer l'acupuncture dans leur domaine professionnel.
...
Stéphan JM. Mouvement 運 動. Acupuncture & Moxibustion. 2008;7(4):277-278.